Soupir, souvenirs, résurgence inconsciente, questionnements intérieurs ; incertitude aussi soudaine que brève ; lueur vacillante, là-bas au moins ; s'avancer un pas puis un autre, et encore un. Soudain c'est la chute, le plancher, lézardés de doute, cède. Le temps s'arrête, le gouffre est abyssal et la déscente semble ne jamais pouvoir finir. Réflexion, raisonnement, tentatives désespérées de trouver la solution, essai vain d'ordonner. Panique, terreur, peur du vide, du néant absolu, impétuosité, échec de l'absurde. Le corps se paralyse, le coeur ralenti, les yeux se ferment, de l'obscurité naît une couleur. Blanc, bleu et vert qui se fixe . Battement de cils, sensation intense de froid, corps qui glace en sifflant. Des perles gouttent, les commissures visuelles brillent d'un blanc nacré, puis les gouttes s'envolent, perles miroitantes. Lumière ? Noir, jaune et rouge persistant. Rémanence, violence sur un petit écran, sang qui coule d'une source inconnue abreuvant les peuples. Catharsis inefficace, plaies inhérentes à l'impuissance collective. Déchéance collective de l'individu, unicité des masses face à l'adversité, solidarité inexistante, communication défaillante. Oubli des langues, vulgarisation des langages, retour à la source, destruction créatrice. Expansion, compression, complexité simplifiée, distance diminuée par le temps. Temps maître de tout, horloger suprême, à qui tout est dû et qui tout reprendra. Le temps à la fois lent et rapide, finit et infini. Le temps... Jardinier de la Terre, cultivateur des hommes, bâtisseur et destructeur de splendeurs. Semblable à un enfant créatif goûtant le plaisir de détruire une construction magnifique. Le temps, clé de voûte de l'univers. Le temps à la fois devant et derrière. Le temps adversaire immuable de la vie. Là est la réponse ! Éveille. Ouverture paresseuse des cils, battements de pupilles. Tout est blanc, tout est vierge. Là-bas des cubes, violet, bleu, orange, rouge, jaune, indigo, vert, éparpillés. Attraction, attirance insoutenable, envoûtement. Main indécise édifiant une pile incertaine. Indignation ! Cacophonie des couleurs, dissonance des fréquences, tremblements. Fureur insoutenable, relâchement, coups de pieds, soulagement. Et tout recommence, l'enfant travaille sans relâche. Il ne se reposera qu'ayant trouvé la solution, il recommence inlassablement. Vert, bleu, violet, jaune, indigo, orange. Enfin la tour resplendit, les couleurs se fondent et se confondent, irradiant d'harmonie la blancheur immaculée. Chaque facette du globe incluant l'enfant se teinte d'une couleur. Et tout vole en éclats cubiques, et tout est à reprendre. Chacun des 7168 cubes émet une lueur différente relative à la tour symphonique. Et dans chaque éclat pulse un coeur, qui abrite la vie. Et l'enfant curieux les observe tous à la fois. Et dans l'un de ceux-là émerge un nouveau monde, un monde où tout prend un sens, un monde où l'on peut rectifier les erreurs. Un monde où on ne parle qu'en échangeant ses pensées, où on ne peut mentir. Un monde où le seul but de l'homme et la symbiose avec la nature... Un monde simple : violet, indigo, bleu, vert, jaune, orange, jaune. Tout le spectre du possible, tout ce que l'homme peut accomplir y est inclus. Un arc-en ciel où tout vibre en harmonie. Une courbe douce et fraîche qui réchauffe les coeurs. Arc-en-ciel, ciel en arc. Firmaments colorés auxquels s'accrochent la confiance, telle une flèche traversant cieux, terres et mers, visant au loin l'osmose universelle.
Mais comme l'on ne voit l'arc-en-ciel que de loin qu'adviendra-t-il ? N'est-ce pas de tomber que toutes les flèches souhaitent ?